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Trois questions à Patrick Doutreligne, délégué général de la Fondation Abbé Pierre :

« Trouver une étape sociale avant l’expulsion »

La trêve hivernale a pris fin le 15 mars dernier. Depuis cette date, les locataires ne pouvant pas payer leur loyer et sous le coup d’une procédure judiciaire d’expulsion peuvent à nouveau se retrouver à la rue. Patrick Doutreligne, délégué général de la fondation Abbé Pierre revient sur les solutions pour lutter contre ce fléau.

Patrick Doutreligne, délégué général de la Fondation Abbé Pierre La fin de la trêve hivernale sonne le retour des expulsions locatives, pourquoi est-ce un phénomène si important en France ?

Aujourd’hui, on compte 135 000 assignations pour expulsion par an, soit 2% des baux. Il ne s’agit pas ici d’un épiphénomène. 110 000 jugements donnent raison aux bailleurs, décidant l’expulsion du locataire. Le contexte économique, notamment le chômage, et l’augmentation des charges locatives accroissent les situations d’impayé. Et ce problème touche toutes les catégories sociales.

Comment prévenir et éviter l’expulsion ?

Au moment des premiers impayés, et avant de commencer les démarches judiciaires (très rapides et disproportionnées par rapport aux conséquences humaines et sociales), il faudrait une étape supplémentaire. Je pense qu’il serait préférable de convoquer administrativement le locataire afin d’éviter la « politique de l’autruche ». Il s’agirait de mettre en place une vraie prévention pour éviter les frais, en aidant au règlement d’un demi loyer pendant un ou deux mois par exemple. Si on ne prend pas les choses en main très tôt, les locataires laissent passer du temps en espérant des jours meilleurs et se retrouvent finalement dans une situation inextricable.

Si l’expulsion n’a pu être évitée, quels sont les moyens mis en place pour venir en aide aux familles ?

Parfois, il est trop tard pour empêcher l’expulsion. Les personnes concernées se retrouvent dans la rue. Souvent, elles peuvent se tourner vers leur famille ou leurs amis. Mais cela reste une solution provisoire. Les conséquences ne sont pas forcément immédiates, mais elles sont très graves…et coûteuses pour la société. Il faut savoir par exemple que lorsqu’ une famille se retrouve à la rue, les enfants sont placés. Deux jours de placement coûtent l’équivalent d’un mois de loyer. 
La fondation Abbé Pierre propose aux familles expulsées de l’aide au travers de travailleurs sociaux pour les orienter et leur trouver une solution de logement. Elle a mis en place des accueils de jour. Malgré tout, les solutions manquent, surtout pour les personnes seules. La conclusion c’est qu’il faut trouver une étape sociale avant l’expulsion, malheureusement, la prévention financière et humaine est encore rare en France. Il faudrait aussi développer le logement social.